Plus que les voies du seigneur, c’est dans la pratique bien ses portes d’églises qui me sont souvent impénétrables ces dernières années.

 

Mais c’est vrai que je fais preuve d’un “pas d’bol” particulier en ce qui concerne ce point, ça en deviendrait presque suspect…

 

Un peu de mal à rejoindre le troupeau petit ? 

 

Je suis probablement l’un des vecteur problématique de l’équation. Ou bien nous le sommes tous… Humains, imparfaits, faillibles, comme nos textes et nos lieux de cultes. Comme nos manière et nos croyances. A ce stade impossible de m’écarter de l’idée du divin, peu importe son nom, son essence m’a déjà suffisamment faite coucou pour que je continue de l’ignorer.

Mon analyse quant à ce rejet de l’église catholique que j’expérimente est comparable à l’histoire de ce garçon qui fait tout son possible pour plaire à cette fille, un peu maladroit… Aucune chance pour celui-là, il est trop dans l’attente d’un geste de sa part, la magie n’opèrera point. Et peu importe s’il s’agit de l’authentique Amour simple et sincère que le garçon puisse ressentir, elle est trop flattée pour le voir.

 

Pour ce qui est de la dernière péripétie en date, laissez moi vous conter l’histoire du vilain prêtre:

 

Alors que j’arrive à Mohammédia, à l’heure où le soleil a des compte à régler avec ce qui respire, je passe par hasard devant l’église saint Jacques. C’est l’une des nombreuses églises que compte le pays. J’y remarque la cours derrière les grilles gardées par deux policiers, elle offre un coin ombragé, idéal pour passer la pause de la mi-journée en toute quiétude.

Je demande si le prêtre est là, je compte tout de même lui demander l’autorisation même si j’aime penser que je suis toujours le bienvenu dans la maison du seigneur. “Il est partit à l’instant… Vous n’avez pas de chance”. J’attendrais.

Une heure plus tard environ, je me présente devant la porte ouverte mais grille fermée de l’annexe ou vit le prêtre, juste à côté de l’église. Je peux entrevoir l’intérieur de ce couloir d’entrée richement orné d’un tableau de la sainte vierge et de vieux meubles européens en bois précieux. Il s’en dégage une douce odeur de cuisine, j’imagine un plat en sauce mijoter sur les fourneaux …

Je suis présentable, moi-même et mes vêtements sommes propres de la veuille, je suis rasé et je n’ai pas encore oublié mon français.

Il fini par arriver : -” Bonjour mon père!” alors qu’un homme d’environ 65 ans, bedonnant s’approche de la grille qui nous sépare. -“Oui?”. J’explique mon voyage à travers le pays, à roller, “… avec cette charrette-là”. Il ne prend pas la peine de regarder. J’explique mon besoin de tranquillité et de repos pour seulement quelques heures à l’ombre des arbres de la cours, il valide, nonchalant, ma modeste requête. Il ne prendra pas la peine d’ouvrir la grille, ni ne posera de question.

Je chasse aussitôt ce petit sentiment de déception malvenu, m’ayant pour un instant imaginé partager un peu de temps avec un autre compatriote en exile. Ayant même juste une seconde rêvé goutter à ce plat mystérieux qui sentait si bon… Non mais ça va aller oui? Tu voulais pas 100 balles et un Mars aussi?!

Je reviens donc doucement sur terre,  éclairé par cette réponse, pour le moins sèche mais satisfaisante, à ma toute première préoccupation. Quelques heures de paix à la maison.

 

En me voyant préparer l’endroit, les policier du portail, visiblement perplexes, s’avancent pour en savoir plus. Je leur fait savoir que le prêtre est d’accord et barragouine avec mes rudiments d’arabe que je ne reste que quelques heures le temps de manger et de laisser descendre le soleil.

L’un d’eux part tout de même chercher le prêtre qui, cette fois-ci, nous fait l’honneur de sortir. -“Je ne le connais pas. Il ne reste pas.”. Je suis très surpris par le fait qu’il ne parle pas du tout l’arabe, la prononciation de ce mélodieux “choukran” final me le confirme. Puis il s’adresse à moi: -“J’ai beaucoup voyagé, le minimum c’est tout de même de se renseigner sur les usages et coutumes du pays quant on part à l’étranger! Vous ne pouvez pas rester là!”. A savoir que j’ai été accueilli à l’improviste au sein de deux familles marocaines qui ne me connaissait pas, et ce, quelque jours avant. Je suis complètement abasourdi… Sous le choc de ce qui est entrain de m’arriver.

 

Si si… Il sait très bien ce qu’il fait.

 

Je rétorque “Mais enfin mon père, je m’étais fait une joie de trouver la maison du seigneur si loin de chez nous. Je ne resterais ici que quelques heures, le temps que le soleil me permette de repartir. Vous avez autorité en cette paroisse et vous le savez, pourquoi ne leur dites-vous pas?”. Il annonce alors “Finissez de manger et partez!”. Il s’éloigne alors quand j’évoque le sens de l’accueil dont j’ai bénéficié depuis mon arrivée au pays et que je le questionne sur le bien fondé de ce qu’il est entrain de faire aux yeux de tout ce qu’il représente et de sa supposée responsabilité chrétienne. -“Gardez vos leçons de morales!” me lance-t-il alors, puis disparaît.

L’un des deux garde, qui visiblement a compris l’essentiel de la situation me regarde, un peu désolé, alors que l’autre se fait (littéralement) cirer les pompes. Je hausse les épaules en lui rendant un sourire et lui tend une datte. On arrive à discuter, il aime l’idée du voyage, j’apprends à dire le mot “datte”.

Après avoir parlé famille et boulot, il me fait alors comprendre que je peux rester, il faudra juste être discret… Trop tard pour moi, je me sent blessé, triste, plus profondément encore que dans mon amour propre. Je n’ai plus le cœur à partager le même espace que cet homme qui vit manifestement une période trouble au point d’en rejeter les siens en même temps que ses responsabilités.

 

Le jour passe, l’événement est digéré, désacralisé et surtout dédramatisé. Je fini sincèrement par penser que celui qui avait vraiment besoin d’aide dans cette histoire, c’était certainement ce petit monsieur triste, à Mohammedia.

 

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