Intro


Le soleil commence à tomber et je ne sais pas encore où je vais passer la nuit. Pas toujours évident de laisser passer les petites vagues d'angoisses de ces fins de journées qui me paraissent parfois inhospitalière. Pourtant je sais qu'il faut que je me détende, la route me réserve toujours de belles histoire quand j'y arrive. Je trace la route, c'est le meilleur moment pour faire des bornes. Le vents dans le dos, le soleil ne brûle plus et les températures sont devenues agréables. Le temps, moins pénible, rend aussi les passants plus avenants, plus souriants. Une force tranquille et vertueuse semble embaumer et adoucir les angles de ces endroits caressés par les couchés de soleil aux rayons bienveillants. Un souffle de douceur, un élans d'enthousiasme avant de laisser la place à la nuit, mystérieuse et bien souvent humide par ici.

Le gardien du champs


"Aller Joh, Encore UNE côte !" Courte mais ferme, elle me fini les mollets. En haut, trois darons bavardaient, appuyés en ligne sur la glissière de sécurité. Ils m'accueillent en claquant des mains, le regard plein de questions... Lessivé mais sourriant, je m'arrête à leur niveau. Mes jambes ne fonctionnent plus de toute façon. Mon petit discours de présentation du voyage en marocain commence tout juste à se construire à ce stade du voyage. Je ne peut cacher mon immense satisfaction quand on me comprend ! Je fais moins le malin quand arrivent les premières questions mais on arrive toujours à se débrouiller avec quelques mimes. Quand vient la fameuse question :"tu dors où?" j'en profite pour expliquer que je cherche justement un endroit où pauser mon bivouac. Alors, après une petite concertation ils me font savoir que Oussien est le gardien du champ d'agrume de l'autre coté de la route. Il m'invite à y passer la nuit. Une fois le campement installé le long d'une rangée de citroniers, Oussein à déjà préparé du thé sur un réchaud, je ramène mes provisions, l'un des gars du bord de la route à aussi du pain à mettre en commun, alors s'improvise un joyeux festin sur quelques morceaux de cartons. Je suis heureux de pouvoir partager un repas, ça fait longtemps que je mange seul. Et même si la barrière de la langue est bien là, je reste admiratif devant tous ces efforts qu'ils font pour me faire comprendre les chose et cette incroyable volonté d'échanger, le pain et les histoires !  Au départ je comprend que Oussein doit rentrer chez lui et qu'il repassera demain pour vérifier que le champs va bien, ou quelque chose comme ça... En fait Oussein passe aussi la nuit sur place (bin oui jojo, c'est son travail au monsieur de garder le champs tu te souviens ?). Pour camper il utilise ces grosses couvertures du bled, très chaudes et confortables mais très volumineuses et lourdes. Pour moi côté plumar c'est la grosse loose ce soir là. Mon matelas est encore troué. Je fais un peu trop le malin en rebouchant une fuite dans le noir... Dommage, c'était pas le seul trou! Je suis au moins aussi crevé que le matelas, du coup que je m'apprête à passer la nuit sur mes vêtements en guise de lit de secours.Je lui fait un peu de peine, Oussien me tend l'une de ses couverture et garde son manteau... Un vrai papa.

Ouled Ameur


Le matin dehors c'est au levé du jours avec les oiseaux. Après des nuits avec une rosée pareil on est content que le soleil arrive. L'envie d'une grasse mat' ne vient que loin derrière dans le classement des priorités. Alors que l'on remballe notre barda respectif Oussien me répète à nouveau ce qu'il m'avait dit hier... Je comprend enfin qu'il m'invite à venir chez lui, à Ouled Ameur. C'est un village à quelque kilomètre de là, je le suivrais sur son vélo jusqu'à la piste vers le hameau. Au bout du chemin de terre, déjà bien fréquenté à cette heure du matin, un petit havre de paix où le temps semble s'être arrêté il y à bien longtemps. Pas de voiture mais des charues, on croise au moins 5 bergers avec leur troupeaux et les jeunes hommes du village sont en route pour les champs. Seuls la ligne électrique, les casquettes, basquettes et les pneux des charues nous rappellent à notre siècle. On est arrivé chez l'homme que l'on surnomme moustache par ici, comme on appelait son père avant lui. Il m'ouvre le portail et on met Mysty à l'abri dans la grande cours où tout se passe... Je rencontre alors une très belle famille dans la maison d'Oussien. Sa femme, ses deux fils et leurs femmes et sa petite fille. Une douce et paisible note d'harmonie souffle dans mon coeur à mesure que je découvre les habitants de cette maison qui me traitent comme un prince. Maman a déjà lavé mes vêtements quand je sors de la douche nature du jardin, on est à table l'instant d'après devant un fabuleux tajine au moins aussi grand que mon émotion. Difficile d'expliquer avec les mots juste la sensation que procure l'accueil aussi chaleureux de ces inconnus pourtant familiers qui me chuchotent déjà "si tu vas bien, je vais bien"  dans un divin sourire rempli d'amour, de confiance et de partage.

Le souk dans mon cœur 


Après manger je pars avec le grand fils pour le souk hebdomadaire à Ouled Jelloul. C'est grand, plus grand que ce que j'avais pensé. Autour, les ventes d'animaux, vaches, moutons, chèvres, quelques ânes et chevaux... c'est là qu'Oussien à vendu l'une de ses vaches dernièrement. Toujours en périphérie on trouve les matériaux de construction où Ammad discute un prix pour ces 30 pieux en bois dont il à besoin pour construire sa propre maison, à Ouled Ameur. Après avoir organisé le transport et passé la mecanique pour redresser l'une de mes roues voilée, nous arrivons dans le cœur du souk. C'est là que nous ferons les achats pour la semaine. Difficile de déterminer l'etendu de l'endroit tellement c'est dense, les étales, le mondes, on ne voit qu'à quelque dizaine de mètres. De lourdes toiles de tissus sont tendus très basse au dessus de nos tête, elles laissent passer ci et là le soleil. Ses rayons brûlants font scintiller les poussières dorées de la terre sèche du sol de cette scène intemporelle. Aussi fines que les odeurs d'épices elle semblent faire partie de la grande danse qui à lieu ici toute les semaines depuis bien longtemps. Je resterais tout juste une journée et une nuit dans la famille de Oussien. Je veux vraiment tracer la route. Oussien a préparé le cheval et le chariot pour me ramener jusqu'à la nationale, un départ en grande pompe ! Les embrassades sont fortes et sincères, c'est dingue mais je sens mon coeur se serrer dans ma poitrine. Je réalise combien rapidement et avec quelle intensité s'est installé mon attachement envers eux, je me sens tellement reconnaissant. Je me sais aussi vraiment privilégié d'avoir croisé le chemin du gardien du champs ce soir là. Et béni, d'avoir été adopté par cette famille de lumière.

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